O Nuit magicienne.

Vers ce château de flamme brune,

Tapissé de branchages fauves

Nous avions marché sous la lune,

D'un bon rire, nous étions envahis

  Et sous les branches d'émeraude

  D'un coup tous les mots se sont tus

  Mes mains ont touché ses seins rauques

  Son coeur m'a saisi 

  dans le temps suspendu

 

 

O Magie magicienne

Que chantent deux voix dans la nuit

Plus tranchant que le chant des sirènes

Dans ton souffle j'ai grandi

 

 

J'ai bu, à l'arche de ses lèvres,

Un peu de terre et de silence

Avec la fraîcheur de l'enfance,

Nos bouches se poussaient d'impatience

  Et son petit pied d'argile blanche

  Sous mes doigts s'est blotti comme une mésange

  Dans la nuit j'ai défait le corsage

  Son corps éclairait 

  notre lit de branchages

 

 

 

O Magie magicienne

que chantent deux voix dans la nuit

D'un secret chaque femme est la reine

Le château d'une flamme endormie

 

 

Puis les cloches sonnent, enfin

Je m'approche de la belle et folle tourbe

Mes mains n'en peuvent plus de faire des courbes

Des ronds, dans la rivière chaleureuse

  Alors, je la mords elle me dit "viens

  Arrive, jusqu'au fond de ma nuit

  Arrive, dans la clarté de mon puits

  Viens, accoster

  bienheureuse, l'autre rive."

 

O Magie, magie de la terre

J'ai cogné au fond de ton puits

De sang, de sève et de mystère

J'ai touché le ventre de vie

 

O Magie magicienne

Nous t'avons chanté dans la nuit

Si parfois ta voix se fait lointaine

Dans ton souffle j'avais grandi

août deux mil quinze.

© Rémi Constant, 2015-2017, tous droits réservés.

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