Tu regardes au loin,

tu passes la tête du côté de l'île,

tu n'as plus à bouger d'un cil,

le vent te caresse la main,

tu es bien

 

Regarde,

savoure le voyage immobile,

la douche de cet instant subtil,

c'est un matin qui te prend bien,

dans sa main

A la crinière d'un songe vide tes doigts s'étaient accrochés

Le temps d'une nuit aride tu te maintenais perchée

à la flamme du jeu liquide

Tu cherchais

le chemin

de l'aube

Juliette,

écoute le ruisseau qui parle dans ta tête,

oui la guerre est venue ici il faut

sortir de leurs draps tous nos rêves,

il faudra

 

Juliette,

il faudra se tenir debout et chauds,

on ne peut plus écouter les panneaux

qui nous promettent une mort quiète,

et discrète

Toi tu te penches du côté de la fenêtre où des humains respirent encore

Qu'on fasse l'ange ou bien la bête

si la vérité nous dévore,

nous suivrons

le chemin

de l'aube

O louve,

je sens dans les eaux nacrées de tes douves,

un amour caché qui s'écoule là,

un secret qui tout bas me secoue

malgré toi

 

Et tu danseras,

libérant le cadeau de ta naissance,

offrant ta flamme aux cornes d'abondance,

offrant ta foi et malgré tout,

tout bas

 

Le cavalier viendra la gorge rouge et les doigts serrés,

il ne comprendra pas toi tu ne demand' qu'à aimer,

de ta main vous partagerez

cette boisson qui bouge,

vous goûterez

la potion

de l'aube

Du côté de l'île,

tu laisses le ciel venir te toucher,

la licorne est sur le point d'accoucher,

et tous les deux vous serez mille,

ou dix mille

Juliette,

nous la jouerons cette très vielle fête

les mots qu'on dit sont des comme des amulettes,

qu'on frotte pour réveiller l'île,

au coeur du livre… 

au coeur de l'aube.

janvier deux mil seize.

© Rémi Constant, 2015-2017, tous droits réservés.

Le chant de l'île.

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